Rossignol chante pour « une ville 30 »

par DENIS LHERM http://www.sudouest.fr Lundi 18 juillet 2011

L’élu écologiste béglais, vice-président de la CUB, vient d’envoyer un manifeste pour une ville limitée à 30 km/h. Le chemin est encore long.

Réduire la vitesse permettrait un meilleur partage de la route. PHOTO QUENTIN SALINIER

Chaville, Sceaux, Fontainebleau, Rungis ou encore Bougival, dans la région parisienne, y sont déjà. Tout comme Hangzenbieten, en Alsace. Toutes ces villes sont désormais « 30 ». C’est-à-dire que la vitesse y est limitée partout à 30 km/h. Mérignac s’engage dans cette voie, en passant plusieurs quartiers sous le régime du 30, même si c’est sans trop le crier sur les toits, pour ne pas se mettre les automobilistes à dos. Bordeaux aussi, en multipliant depuis quelques années les rues du centre-ville limitées à 30 km/h. Mais selon l’élu écologiste béglais Clément Rossignol (Europe Écologie-Les Verts), par ailleurs vice-président de la Communauté urbaine (CUB), il faut aller beaucoup plus loin.

Logique routière

À la fin du mois de juin, ce dernier a envoyé aux 27 maires de la CUB le Manifeste pour une ville 30, dont il est l’initiateur. Fin mai, ce manifeste avait été signé par quatre associations nationales : Fédération des usagers de la bicyclette, Rue de l’avenir, France auto partage et le Club des villes et territoires cyclables. Ce manifeste explique comment le code de la route s’applique encore de manière indifférenciée sur les voies rapides et dans les petites rues des villes. Il reflète souvent une logique routière destinée à favoriser la circulation des seules automobiles, au regard desquelles ce qui se trouve au bord ou sur la chaussée (piéton, poussette, vélo, roller, etc.) est généralement vu comme un obstacle.

En attendant les panneaux

Depuis 2010, suite à deux expériences menées pendant plusieurs mois à Strasbourg et à Bordeaux, le ministère des Transports a admis la possibilité pour les cyclistes de passer au feu rouge si c’est pour tourner à droite, et en s’assurant qu’ils ne coupent la route à personne évidement. La mesure est désormais légale, mais inapplicable pour l’instant, car elle patine sur une bête question de panneau. Préférant la complication à la simplicité, le gouvernement a imposé que l’autorisation de tourner à droite soit indiquée sur chaque feu concerné. Il aurait été plus simple de n’imposer des panneaux que sur les quelques carrefours où le tourne à droite reste interdit. La CUB, par exemple, envisage d’ouvrir l’autorisation à la plupart des carrefours. Nous allons donc assister à une incroyable floraison de panneaux le signalant. À ce jour, le panneau en question n’a toujours pas été créé au niveau national. Sans lui, impossible de mettre la mesure en pratique. Sauf cas isolé, comme Nantes, où, devant les lenteurs administratives, la ville a créé son propre panneau qui autorise les vélos à passer au feu rouge. Il est illégal, mais le fait précède le droit… Plus légaliste, la CUB attend, elle, le vrai panneau. Sans doute pour la fin de l’année.

L’objectif du Manifeste pour une ville 30 est de mettre en place un meilleur partage de la rue. Selon Clément Rossignol, celui-ci passe par une réduction de la vitesse. « Quand on baisse la vitesse des voitures, on redonne de l’espace aux autres usagers de la rue et on permet aux gens de sortir de chez eux. Dans une ville limitée à 50 km/h, la vitesse moyenne des voitures est de 19 km/h. Dans une ville 30, elle ne descend qu’à 17 km/h, on évite simplement les pics de vitesse. De plus, on réduit la possibilité d’être tué. Un piéton percuté par un véhicule qui roule à 50 km/h a 80 % de chances de mourir. À 30 km/h, la probabilité tombe à 15 %. D’ailleurs, à cette vitesse, il y a beaucoup moins de chocs, car la distance de freinage est plus courte », souligne l’élu.

Rejet à Strasbourg

En recevant le manifeste, les maires de la CUB sont donc censés prendre conscience du sérieux de la démarche 30. « Mais il manque encore l’affirmation politique que la ville n’est plus destinée au transit automobile », déplore Clément Rossignol. Même les villes les plus en avance sur le sujet semblent buter, arrivées à un certain point. Ainsi de Strasbourg, pourtant très en pointe en matière de partage de la rue et de place réservée aux vélos. En juin dernier, un référendum visant à généraliser le 30 s’est soldé par un échec.

Cette timidité se retrouve aussi au niveau de l’État, qui a par exemple pris des mesures récentes visant à transformer le Code de la route en Code de la rue, mais qui se garde bien d’en faire la moindre publicité. Comme s’il hésitait à s’attaquer de front à l’hégémonie automobile. Du coup, les mesures sont inconnues du grand public, à commencer par les automobilistes. Qui sait, par exemple, que depuis novembre 2010, tout véhicule doit stopper dès lors qu’un piéton manifeste l’intention de traverser (avant, il fallait qu’il s’engage sur un passage pour piéton) ? Pas grand monde.

Demi-mesures

Au sein de la CUB, c’est la commune de Bordeaux qui va le plus loin dans le sens de la ville 30. Même si c’est parfois au prix de demi-mesures. Ainsi, selon le règlement, les vélos ont le droit de circuler en sens interdit dans les rues limitées à 30 km/h. Sauf quand c’est… interdit. C’est le cas dans le haut de la rue Judaïque (côté Gambetta), que les vélos n’ont pas le droit de prendre à contresens, malgré le statut de rue 30. Motif : trop dangereux, selon la mairie. Ici, la notion de rue 30 aura du mal à s’imposer. D’autant que, dans la plupart des cas, les conducteurs ignorent la règle du 30. Clément Rossignol est conscient du chemin qu’il reste à parcourir. À ce jour, aucun maire de la CUB n’a encore accusé réception de son manifeste.

Bref, le dossier avance, mais plus près de la vitesse de l’escargot que des 30 km/h.


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